En 2027, Honfleur soufflera ses mille bougies. Ce n’est pas une image : la ville prépare officiellement son Millénaire, porté par un comité municipal réuni depuis 2025 pour associer habitants, associations et visiteurs à cet anniversaire hors norme.
Mille ans, c’est le temps qu’il faut pour qu’un port de pêcheurs devienne un verrou stratégique, puis un comptoir vers le Nouveau Monde, puis un atelier à ciel ouvert pour les peintres, avant de renaître, aujourd’hui, comme l’une des adresses les plus photographiées de Normandie. Depuis les hauteurs du Clos de Grâce, à cinq minutes du Vieux-Bassin, nous avons voulu prendre le temps de raconter cette histoire — pas pour l’ériger en musée figé, mais pour vous inviter à la vivre, un séjour à la fois.
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Remontons à l’origine du chiffre. La légende veut que le duc Richard II de Normandie, oncle de Guillaume le Conquérant, ait essuyé une tempête en mer et fait le vœu, s’il survivait, de bâtir trois chapelles dans son duché. L’une d’elles serait Notre-Dame de Grâce, la chapelle qui domine toujours Honfleur et veille sur ses marins. C’est autour de cet épisode que l’on situe traditionnellement la naissance de la ville — d’où l’année 1027.
Il faut le dire honnêtement : ce récit relève de la légende fondatrice, pas d’une preuve archéologique. Ce que l’on sait avec certitude, c’est que le nom de la ville apparaît par écrit dès 1025, sous la forme « Huneflet » — une trace textuelle qui, chose troublante, tombe justement tout près de la date légendaire. C’est cette proximité entre légende et premières mentions écrites qui a convaincu la municipalité de fixer 2027 comme année du Millénaire, avec un comité dédié qui travaille depuis 2025 à un programme de festivités.
Difficile de résumer dix siècles en un seul article — c’est pourquoi celui-ci est un point de départ, le premier chapitre d’une série que nous publierons au fil des mois. Voici, en six temps, ce que mille ans ont fait de Honfleur.
Au Moyen Âge, Honfleur doit sa valeur à sa position : à l’embouchure de la Seine, face à l’Angleterre, le port surveille l’un des passages les plus disputés du duché. Charles V en renforce les fortifications pour protéger l’estuaire, épaulé par le port voisin de Harfleur. Mais la place change plusieurs fois de mains pendant la guerre de Cent Ans : prise par les Anglais en 1357, puis occupée de 1419 à 1450. Une fois repassée sous contrôle français, elle rend la pareille : des expéditions honfleuraises vont jusqu’à saccager partiellement la ville anglaise de Sandwich, dans le Kent, dans les années 1450.
La paix revenue, Honfleur bascule dans son âge d’or maritime, qui va durer jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Le port arme pour la pêche à la morue à Terre-Neuve — les greniers à sel du XVIIe siècle, que l’on visite encore aujourd’hui, servaient à stocker le sel nécessaire à ces expéditions.
Mais le nom qui traverse vraiment les siècles, c’est celui de Samuel de Champlain. Entre 1603 et 1620, l’explorateur s’embarque au moins huit fois depuis Honfleur — les archives en gardent le détail précis : avril 1603, 13 avril 1608, 18 avril 1610, 1er mars 1611, 6 mars 1613, avril 1615, avril 1617, mai 1620. C’est depuis ce port, avec des navires et des équipages honfleurais, qu’il explore l’Acadie et le Canada de 1603 à 1607, puis, reparti de Honfleur en avril 1608, qu’il fonde Québec le 3 juillet de la même année. Une plaque commémorative, dévoilée à Honfleur dès 1899 par la Société du Vieux Honfleur, rappelle encore cet embarquement fondateur. Pour vos visiteurs nord-américains, c’est un fil rouge à ne pas manquer : la ville dont ils viennent doit littéralement sa naissance à un port normand.
Au XIXe siècle, le grand commerce décline — Le Havre, en face, absorbe peu à peu le trafic. Mais Honfleur se réinvente, presque malgré elle, en foyer artistique. Sur les hauteurs de la ville — les mêmes hauteurs où se trouve aujourd’hui Le Clos de Grâce — une ancienne auberge tenue par la mère Toutain, la Ferme Saint-Siméon, devient à partir du milieu du siècle le rendez-vous d’une bande de peintres fascinés par la lumière changeante de l’estuaire.
Eugène Boudin, né à Honfleur, y attire ses amis Claude Monet, Gustave Courbet, Johan Jongkind, Camille Corot ou Alfred Sisley. On peut dire, sans trop exagérer, que l’impressionnisme est né de ce paysage — le nôtre.
La même année, 1866, Honfleur voit naître à quelques rues l’un de l’autre deux esprits singuliers : le compositeur Erik Satie, au 67 boulevard Charles V, et l’humoriste Alphonse Allais. L’un inventera une musique dépouillée qui influencera Debussy et Ravel ; l’autre, un humour absurde qui porte encore son nom. Les Honfleurais aiment à dire qu’il existe un « esprit de Honfleur » — un mélange de fantaisie et de flegme marin qu’on retrouve chez l’un comme chez l’autre.
Située à une soixantaine de kilomètres des plages du Débarquement, Honfleur échappe largement aux combats, mais pas à l’attente. La ville n’est libérée que le 25 août 1944, le même jour que Paris, par les troupes britanniques, belges et canadiennes, sans qu’un combat n’ait lieu. Un blockhaus du Quai Carnot, aujourd’hui restauré par des bénévoles, témoigne encore de cette période.
Après-guerre, Honfleur retrouve une vocation qu’on ne lui connaissait plus depuis les impressionnistes : celle d’être regardée. Le tourisme réinvente la « belle endormie », qui devient l’une des cités les plus visitées de Normandie — une cité historique classée, l’un des hauts lieux de l’impressionnisme normand, et une destination qui, mille ans après sa légende fondatrice, s’apprête à célébrer son anniversaire devant le monde entier.
Cet article n’est pas réservé aux passionnés d’histoire médiévale. Il s’adresse à vous si :
Le programme officiel des festivités n’est pas encore arrêté dans le détail : la municipalité a réuni dès juin 2025 associations, habitants et acteurs économiques pour construire l’année collectivement, et les annonces s’échelonneront jusqu’en 2027. Ce que l’on peut d’ores et déjà anticiper : une année de forte affluence, portée par une couverture médiatique nationale et internationale, et des dates fortes qui devraient s’articuler autour du calendrier religieux et culturel de la ville (fête des Marins, expositions, temps forts autour de Notre-Dame de Grâce).
Notre conseil, en toute honnêteté : si vous envisagez un séjour à Honfleur en 2027, réservez plus tôt que d’habitude. Nous suivrons le programme officiel du comité Millénaire au fil de sa publication et mettrons cet article à jour en conséquence.
En 2027. La ville a constitué un comité dédié dès 2025 pour préparer l'événement, mais le programme détaillé des festivités sera dévoilé progressivement par la municipalité au fil des mois à venir.
Elle est liée à la légende du duc Richard II de Normandie, qui aurait fait le vœu de bâtir la chapelle Notre-Dame de Grâce après avoir survécu à une tempête en mer. C'est un récit fondateur, à ne pas confondre avec une preuve archéologique, mais il tombe tout près de la première mention écrite connue du nom de la ville, datée de 1025.
Oui, c'est notre recommandation. Une année anniversaire de ce type attire habituellement une couverture médiatique importante et une affluence renforcée, en particulier sur les dates fortes du programme officiel.
Le domaine lui-même est plus récent, il doit sa notoriété à son ancien propriétaire, l'acteur Michel Serrault, mais il est situé sur les mêmes hauteurs de Honfleur que la Ferme Saint-Siméon, le lieu où est née l'inspiration impressionniste au XIXe siècle. C'est cette position géographique, pas une antériorité historique, qui relie le domaine à ce récit.
Le Vieux-Bassin et la Lieutenance pour l'époque maritime, l'église Sainte-Catherine pour l'architecture en bois typique, les Maisons Satie pour le XIXe siècle, le Jardin des Personnalités pour les grandes figures locales, et le blockhaus du Quai Carnot pour la mémoire de 1944.
Oui : l'ancienne Ferme Saint-Siméon, aujourd'hui un hôtel, se trouve à proximité immédiate du Clos de Grâce, sur les mêmes hauteurs qui ont inspiré Boudin, Monet et Courbet. Une promenade facile à intégrer à votre séjour.
Non. Il s'adresse à quiconque aime comprendre un peu mieux l'endroit où il pose ses valises. La plupart des visiteurs découvrent ces récits avec curiosité, sans prérequis particulier.
Mille ans, cela ne se raconte pas en une visite. Cela se vit, un séjour après l’autre, et depuis les hauteurs du Clos de Grâce, vous avez la meilleure place pour commencer.